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vendredi 30 mai 2008

Les dés sont jetés…

Photo: Pour passer le RTO de Ketnagiri, le rickshaw ira chez le garagiste ou il aura le droit à une nouvelle peinture...

Je viens de franchir une étape majeure dans l’achat du rickshaw.

Depuis le « post » précédent, les choses ont avancées. Souvenez-vous, je devais aller chercher le rickshaw à Nasik. heureusement je découvris avant de partir que le rickshaw n’était pas à Nasik mais à Retnagiri… Impossible de se faire comprendre !! Après plusieurs visites, il fallait se rendre à l'évidence, l'affaire était impossible. Il était temps désormais, d’aborder le problème sous un angle nouveau... Dnyaneshwari entra dans l’aventure….

J’ai trouvé un rickshaw de 25 ans ! la recherche fut hasardeuse. C’était un samedi après-midi, Pierre et moi, tels deux ballots, nous nous arrêtons devant un rickshaw privé bleu azur stationné sur Bazard road pour en apprécier les extravagances artistiques... une sommité du kitsch comme on en voit souvent en Inde. A tout hasard, je questionne un passant quant' à son propriétaire, celui là ne le sait pas… Un autre qui passait par là, plus opportuniste, nous dit de le suivre. Nous nous enfonçons dans les rues de Bazard market et tombons sur 5 indiens jouant au Carrom en pleine rue, visiblement des réguliers…

Photo : Le carrom est un jeu de table très pratiqué en Asie, et tout particulièrement en Inde, se jouant avec des pions que l'on fait glisser sur un tablier en bois. Le but du jeu est de placer tous les pions d'une couleur dans les trous situés aux quatre coins du tablier.

Je leur demande l’âge de l’engin, 10 ans d’ancienneté me disent -il… pas suffisant ! Bref, nous échangeâmes quelques instants et l’un d’eux qui semblait avoir une bonne adresse nous y conduit. Le fameux Tata Shop. Celui de mon post précédent… Le lendemain, le garagiste du Tata shop apporta un chaotique rickshaw rouge et noir, celui-ci de 22 ans… toujours pas suffisant ! Le garagiste ne comprenait pas mon étrange demande et finit par me conduire chez un certain Mr Ravi… Ravi me montra une photocopie des papiers de son véhicule... Cette-fois, non pas 25, mais 26 ans ! Emu, je sens ma quête proche de la fin... Pourtant Ravi ne m’accordait pas sa confiance, il avait peur de s’engager…

Dnyaneshwari est la traductrice en chef chez Atos. Elle est incroyablement efficace, patiente et sait être persuasive. Une vrai perle ! En (seulement) 3 coups de téléphone, Ravi et moi-même avons mis les choses au clair, il est prêt a signer !

Le soir même, je suis allé à son restaurant de rue de 15m2. Mr. Ravi était grognon et visiblement pas si ravi que ça de la façon de procéder. Cette fois c’est Sunil, mon chauffeur et ami qui se colle à la traduction… Ravi finit par accepter et me montra (cette fois en version originale) ce qu’il « reste » des papiers du véhicule… Je ne pourrais espérer plus d’éléments pour garantir de l’existence du rickshaw et dus accorder à Ravi ma pleine confiance… Comme préalablement décidé avec Dnyaneshwari, je lui verse une avance pour financer les frais de transport. Nous signerons quand même le très incertain contrat ci-dessous.

Concocté par mes soins, ce non-officiel contrat est la seule trace de l'avance versée à Mr Ravi. cliquez sur l'image pour agrandir

Il lui faudra au moins 15 jours pour emmener le rickshaw à Bombay, qui devra passer par 2 checkpoints : le désenregistrement du véhicule au RTO de Retnagiri (qui peut mettre son bémol.. l'Inde est un monstre d'administration...) et un passage chez le garagiste pour une remise en forme…

Soyons patient!

Photo: Toujours passager, croisons les doigts…

jeudi 29 mai 2008

Jay Mangal, chauffeur d'auto rickshaw depuis 20 ans

Leur petite voiture à trois roues, jaune et noir, est un symbole de la rue indienne. Les conducteurs de rickshaw sont tous des hommes, peu affables, en grande majorité issus des basses castes.

Qui sont-ils ?

L'un d'eux a bien voulu raconter sa vie à Iris Deroeux pour aujourd’hui l’inde. Lire l’article…

dimanche 18 mai 2008

Invité chez Basha!

Photo: Le tata Shop est en fait un garage en plein air. Le long de la très polluée Mahim river et au milieu des carcasses de rickshaw, les employés soudent, démontent, peignent... toutes sortes d’engins. Ici, l’employé coud les bâches de couleurs en cuir qui servent de toit aux rickshaws.

Samedi 17 Mai 2008, 11H du matin. Comme convenu, je retrouve Basha, le garagiste et le propriétaire d’un rickshaw de 25 ans au Tata shop. Nous avons eu des problèmes de communication la dernière fois (aucun d’eux ne parlent anglais). Je sais que ce rickshaw existe pour avoir vu une photocopie des papiers mais je ne comprends pas pourquoi ils leur est impossible de me montrer l’engin. Afin de découvrir ce qu’il en est exactement, je tente une ultime tentative…

Cette fois, un traducteur est présent. Assis sur un banc entre les carcasses de rickshaw, nous commençons à discuter. Je comprends que le rickshaw n’est pas à Bombay mais à Nasik, une ville située à 300Km de Bombay. Le traducteur m’explique que de lourdes procédures administratives sont en jeu et que la corruption y a sa place. Le propriétaire aurait déjà obtenu le document officiel: le NOC (Non-Objection Certificate) et que le rickshaw serait prêt à venir sur Bombay… Le NOC est un laisser-passer obligatoire pour transporter un véhicule d’une ville à une autre…

Je leur propose de signer un contrat de vente et de leur donner une avance pour subvenir aux frais de transport. C’est impossible me disent-ils, durant le voyage, la police requiert ma signature et celle du propriétaire ! Je dois ainsi, me rendre à Nasik et ramener le rickshaw avec le propriétaire ; 10 heures de route et 2 jours de voyage minimum…

Apres 1 mois d’investigation, je pense que trouver un rickshaw de 25 ans est impossible à Bombay. Une recherche de Pierre (chercheur en urbanisme à Bombay), nous a permis d’obtenir les chiffres du « Mumbai Métropolitain Region ». Ces chiffres sont peu encourageants car ils confirment la difficulté du défi.

Un simple calcul statistique nous permet de déterminer qu'il y avait, (au mieux) 15 000 rickshaws à Bombay en 1983. Se soustraient à ce chiffre, les véhicules partis à la casse, ceux retirés de la circulation après 15 ans de service et enfin les « lucky rickshaws » que les propriétaires ne veulent pas vendre. Sans oublier que nous parlons de Bombay et sa métropole. Mes chances s’amenuisent…

Face à ce triste constat, je n’ai d’autre choix que de me rendre à Nasik samedi prochain. Par chance, c’est une petite ville touristique qui vaut le détour...


Vidéo: Retournant au Tata shop, j’ai traversé le slum plusieurs fois. Basha m’a même invité chez lui à déjeuner samedi.

mardi 13 mai 2008

Plateau de fromage et DVD?

Photo: Dimanche, un électricien rencontré par hasard, m'emmenait voir un ami garagiste: le propriétaire du Tata Shop!

Rechercher un rickshaw de 25 ans dans la mégalopole de 15 millions d’habitants est une quête quotidienne. Chaque personne, chaque garagiste, chaque rickshaw est une piste potentielle… Cette quête est très excitante car elle me permet de découvrir des personnes et des quartiers de la ville, que je ne serais probablement jamais allé visiter… La découverte d' hier soir était sans aucun doute le cas !

Lundi 12 mai, 19h00. Je rentre chez moi après une journée épuisante et 1h30 de trajet dans ma voiture climatisée avec chauffeur. Je m’affale sur le canapé quelques instants, je suis fatigué de l’Inde et ne pense qu’à une chose : plateau de fromage et DVD... Quand tout à coup, mon téléphone sonne, un numéro inconnu à mon répertoire s’affiche. « Allo ? Allo sir, rickshaw is ok, paper available, come to Tata shop soon !” et mon interlocuteur raccrocha. Je n’ai pas compris de qui il s'agissait mais je connais ce Tata shop, c’est un garage, plutôt recommandable, que j’ai découvert ce weekend. Ma quête continue, il faut que j’y aille… je retire donc ma cravate, mets un short, prends suffisamment d’argent pour payer une partie du rickshaw (on ne sait jamais) et décide de me rendre chez ce garagiste… en rickshaw évidemment !

Le Rickshawallah se perd dans les ruelles de Bandra EST (quartier de Bombay), je rappelle le numéro, passe mon portable au chauffeur afin de confirmer l’adresse… Nous empruntons une route différente et roulons quelques minutes sur une autoroute avant nous arrêter sur le bas coté. Le rickshaw me dépose et me dit que quelqu’un va venir me chercher. Moins d’une minute après un jeune indien arrive et me demande de le suivre. Je m’exécute. Nous marchons sur le bord de l’autoroute, la traversons et entrons dans un « slum ». Un slum est un bidonville. Malgré une image de misère et d’insécurité dont les slums de Bombay souffrent, ce sont aussi des lieux de commerce, de joie et d’hyper activités.

La nuit venait de tomber, il faisait noir lorsque j’ai suivi ce jeune indien à travers les étroites ruelles du slum. Ce fut une expérience pour le moins troublante. Je ne savais pas ou j’étais, je perdais mon sens de l’orientation et à mesure que l’on avançait, J'avais de plus en plus peur, absolument personne ne savait où j'était, je suivais quelqu'un que je ne connaissais pas, et à chaque tournant, je perdais une chance de retrouver mon chemin dans ce labyrinthe... J’avais peur d’être pris dans un traquenard. J’avais beaucoup d’argent sur moi, il fallait que je garde mon sang froid…

Depuis que je suis à Bombay, je souhaitais entrer dans un slum. Un étranger n’entre pas dans slum comme dans un hôtel. Ce n’est pas une activité touristique ou une curiosité locale. Il faut être, en quelque sorte, « invité ». Lorsque l’on y entre, on arrive dans un autre monde, en une seconde, on perd tout repère, on ne sait pas où regarder, le lieu grouille de gens, de boutiques, de chèvres..? Il y a des milliers de personnes qui vivent à l’intérieur. Tous me regardaient avec des regards étonnés mais plutôt amicaux, certains me lançaient des sourires, c’était rassurant. Il y avait des gens de tout âge, majoritairement des hommes mais aussi des enfants pieds nus jouant au cricket, les rues étaient éclairées, il y avait même un feu d’artifice…

Après la traversée du bidonville pendant environ 10 minutes, nous sommes arrivés dans un endroit familier, je retrouve le garagiste le père du jeune indien. Il me conduit voir le propriétaire d’un rickshaw de 25 ans… La suite au prochain article !


Selon Wikipedia, 60% de la population de Bombay vie dans des slums. La superficie de tous les slums réunis ne représente que 6% de la ville.
Photo: Dahravi est un slum à Bombay, il est considéré comme le plus grand bidonville d'Asie

mercredi 7 mai 2008

Lucky Rickshaw

Cela fait 2 semaines que je cherche un rickshaw de 25 ans. Les chauffeurs de mon entreprise : Nazareth et Sounil ; le patron d’une auto-école : Kailash ; Marco un mécano ; Worel rencontré dans la rue et enfin Shankar garagiste spécialiste des Auto-rickshaws… Tous sont sur le coup !

Les résultats de leurs recherches sont peu encourageants : Sounil m’a fait bondir deux fois en trouvant deux rickshaws de plus de 25 ans mais dont le propriétaire, après réflexion, ne veut plus le vendre car c’est son « Lucky rickshaw ! » Tu m’étonnes, 25 ans dans la jungle de Bombay sans un accident, ça relève du miracle… !

Marco, Kailash et Nazareth, eux, ont simplement abandonnés. La fameuse loi des : « après 15 ans des services le rickshaw doit être retiré de la circulation » les a refroidis…

Worel, lui, est propriétaire d’un rickshaw de 27 ans mais dont l’engin a disparu. Il a encore les papiers et propose de me les vendre pour une somme prodigieuse… pas folle la guêpe. A coups de bakchichs, les papiers devraient être en règle, il me propose d’acheter n’importe quel rickshaw et de modifier le numéro du moteur… Pas très légal tout ça…

Quant à Shankar… son garage est à quelques pas de mon bureau. Depuis la « Customer care » d’Atos au 6eme étage où j’ai l’habitude de boire mon café, j’ai une vue imprenable sur son atelier isolé du reste de ville. Entre un marécage et un terrain de cricket, il faut emprunter un petit chemin en terre pour arriver dans son espèce de ranch.

Shankar c’est le dieu du rickshaw. Les murs de son ranch sont parsemés de 10 diplômes Bajaj, la plus haute certification officielle pour un réparateur de Rickshaw. Shakar est un pro ! Il a carrément assigné quelqu’un à temps-plein pour me trouver un rickshaw de 25 ans. Il parle un anglais très correct et trouve tout à fait banal de ramener un rickshaw en France...

Ce midi, je lui passe un petit coup de fil pour savoir si « Any things cames up ? ». Yes Sir ! Aujourd’hui, me promet-il, c’est du bon : Il a trouvé un rickshaw de 25 ans. Apres le boulot, je vais donc lui rendre visite. A son habitude, il m’invite dans son bureau, me sert le chai (thé typiquement indien)et passe quelques coups de fils. Après 10 minutes de conversation en Marati (Langage local), il m’explique que le propriétaire ne veut plus le vendre. Et M….! encore un « lucky rickshaw… »

Photo: Perdu dans les marécages, à midi, le ranch à Rickshaws de Shankar fait déjà foule...!